L’Église, l’homosexualité et l’intolérance

J’ai écrit cet article pour le magazine web Tout.mag, je le reproduit ici pour le bénéfice des lecteurs du site RCSQ.

Certains penseront, en lisant le titre de cet article, qu’il sera question de l’intolérance de l’Église vis-à-vis de l’homosexualité. Détrompez-vous! C’est plutôt l’intolérance de l’homosexualisme envers l’Église qui sera le sujet de cet article. Pour certains lecteurs de cet article, il n’en faudra pas plus pour que leur opinion de moi soit déjà faite: voilà un homophobe, un dangereux fondamentaliste, un bigot, un obscurantiste intolérant… bref un gros méchant qu’il faut faire taire! Si c’est votre réflexe en lisant mon introduction, c’est probablement parce que vous avez été conditionnés par l’intolérance de la nouvelle tolérance.

La nouvelle tolérance

Je suis en train de lire le dernier livre de Donald Carson : The Intolerance of Tolerance, dans lequel il démontre un changement de paradigme dans le concept de tolérance. Autrefois la tolérance signifiait accepter l’existence d’opinions divergentes et leur accorder la liberté d’expression. Aujourd’hui la tolérance signifie ne pas critiquer le point de vue d’un autre. Voici comment Carson résume ce changement de paradigme :

Ce passage de « accepter l’existence d’opinions divergentes » vers « accepter les opinions divergentes » (…) peut paraître subtil extérieurement, mais il est substantiellement massif. Accepter qu’une position différente ou opposée existe et qu’elle ait le droit d’exister est une chose, accepter cette position même signifie qu’on ne peut plus s’y opposer. (…) Nous sommes partis de « permettre la libre expression d’opinions contraires » pour arriver à « l’acceptation de toutes les opinions »; nous sommes passés de « permettre l’articulation de croyances et d’affirmations avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord » à « déclarer toutes croyances et affirmations comme étant également valides ». C’est ainsi que l’ancienne tolérance a cédé la place à la nouvelle tolérance.

L’ouvrage a pour but de démontrer la poutre dans l’œil de cette nouvelle définition de la tolérance : une intolérance agressive envers toute critique d’une opinion personnelle qui offense celui qui tient cette opinion. La tolérance signifie le rejet catégorique de tout dogmatisme… voilà le nouveau dogme! Ironique n’est-ce pas? Dans son livre, Carson démontre comment la nouvelle tolérance, pour ne pas dire la nouvelle intolérance, est en train de ruiner l’honnêteté intellectuelle des milieux académiques, comment elle a pris d’assaut les médias et il démontre par plusieurs cas d’arbitrages et de poursuites judiciaires les ravages de ce néo-totalitarisme.

La nouvelle intolérance et « l’homosexualisme »

La nouvelle intolérance est particulièrement hostile envers l’éthique judéo-chrétienne de la sexualité. Les chrétiens croient que le comportement sexuel de l’homme a une valeur morale qui a été instituée par Dieu. Ainsi, ils considèrent que l’hétérosexualité à l’intérieur du cadre du mariage est la seule conduite sexuelle moralement acceptable devant Dieu. Cette opinion est par nature radicalement incompatible avec la nouvelle tolérance, et puisqu’elle est perçue comme étant intolérante elle n’est plus tolérée dans l’espace public. Les plus farouches opposants à l’éthique sexuelle chrétienne ne sont pas premièrement les défenseurs de l’union libre ou de la promiscuité sexuelle, ce ne sont pas les avocats de la polygamie ou de la « polyamorie », ni ceux de la prostitution ou de la pornographie, il s’agit des homosexualistes.

Je dis « homosexualistes » et non « homosexuels » pour plusieurs raisons. Premièrement parce que tous les défenseurs de l’homosexualité ne sont pas nécessairement homosexuels. Deuxièmement, parce que tous les homosexuels ne sont pas nécessairement des zélateurs de l’homosexualité ou des opposants farouches de l’éthique chrétienne. Troisièmement, parce que le terme « homosexuel » renvoie à une orientation sexuelle, tandis que le néologisme « homosexualisme » renvoie à une idéologie : faire en sorte que l’homosexualité soit acceptée par tous et que tous les opposants soient muselés. Finalement, parce que cet article ne s’attaque pas à l’homosexualité en tant que telle, contrairement à ce que les adeptes de la nouvelle tolérance diront, mais à l’effort soutenu pour éradiquer toute opposition à l’homosexualité, j’ai nommé cet effort l’homosexualisme. Une des tactiques de l’homosexualisme consiste à mettre indistinctement dans la même catégorie les tenants de l’éthique judéo-chrétienne et les anti-homosexuels intimidateurs : tous des homophobes! Si quelqu’un ose remettre en question la moindre affirmation de l’homosexualisme, s’en est fait de lui, c’est un intolérant qui ne peut être toléré.

L’Église, l’homosexualité et l’intolérance

Le lobby homosexualiste est très puissant. En occident, il a déjà fait fléchir la quasi-totalité des instances en sa faveur. Un dernier bastion lui résiste toujours, mais timidement et on ignore pour combien de temps encore : l’Église. L’homosexualité est un enjeu majeur devant lequel les chrétiens de toutes confessions sont en train de se positionner. Les Églises libérales ont depuis fort longtemps abdiqué de défendre la compréhension traditionnelle des Écritures. L’Église anglicane de même que les méthodistes aux États-Unis connaissent déjà beaucoup de dissensions en leur sein entourant cette question. La récente prise de position du président Obama pour le mariage homosexuel risque de polariser cet enjeu lors de la prochaine campagne présidentielle alors que toute une armada s’efforce déjà de marginaliser les défenseurs de l’éthique chrétienne traditionnelle.

Considérant la timidité des chrétiens pour riposter contre l’antichristianisme véhiculé un peu partout, je crains que plusieurs d’entre nous finissent par céder à la rhétorique de la nouvelle tolérance. J’exhorte donc les chrétiens : ne confondez pas l’accueil du pécheur que le Seigneur exige de nous avec la complaisance que le monde veut nous imposer (Jn 8:11). Ne croyez pas le mensonge voulant que sont intolérants et homophobes ceux qui défendent la vérité des commandements divins (Rm 13:9-10). Ne renversez pas l’Évangile en proclamant l’absolution de la grâce sans exiger la repentance et la conversion (1 Co 6:9-11). N’avalez pas la fausse définition de l’amour et de la tolérance de la part de ceux qui n’ont aucune tolérance et sont belliqueux envers leurs opposants (1 Co 13:4-7).

Cet enjeu est important pour les chrétiens, car dès que l’Église laisse le monde redéfinir ce qu’est le péché, elle le laisse également redéfinir ce qu’est la rédemption. Si le péché consiste à ne pas accepter les autres opinions, la rédemption consiste à abandonner l’exclusivité de sa propre opinion. Si les chrétiens abandonnent l’exclusivité du Christ et de sa Parole, c’est qu’ils ont alors fléchi les genoux devant les idoles et leur ont donné l’exclusivité de leur cœur et de leur pensée. Sans vouloir exagérer, c’est le premier commandement qui est en jeu, c’est l’exclusivité de l’Évangile qui est menacée et c’est chacun de nous qui doit répondre.

Cet enjeu est important pour le reste de la société, car il ne s’agit pas d’accepter la compréhension chrétienne de la sexualité, mais de défendre la liberté d’expression. La coexistence pacifique d’idées divergentes et le dialogue entre des opinions opposées est une composante essentielle d’une société libre et tolérante. Tolérerez-vous la compréhension judéo-chrétienne de la sexualité même si celle-ci vous fait des reproches? Peut-on se dire tolérant tout en refusant d’entendre une opinion contraire à la sienne? À chacun de nous de répondre!

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